Conjuger sécurité médicale et intuition des femmes

Cette histoire-là, on a beaucoup hésité avant de la partager.

Le but de cette page est de célébrer la naissance de chaque nouveau-né écloreur et grâce à eux partager des bouts de possibles, de façon de faire et d’être qui peuvent rendre l’arrivée sur Terre et le devenir parent plus doux et charmant !

Mais c’est aussi une page qui nous permet de rendre compte de notre pratique de sage-femme et d’ainsi, peut-être, pouvoir inspirer, soutenir, questionner, faire échos, donner confiance à nos collègues lectrices/lecteurs….

C’est dans cette optique, que nous allons raconter cette expérience, inconfortable et en même temps qui fait grandir… comme toujours ! 🌹

Elle était bien à terme, 40 semaines + 10 jours. Déclenchement, très peu pour elle, elle avait confiance, nous aussi, ça allait se mettre en route naturellement.

On décide d’attendre jusqu’à 42 semaines. Après tout, légalement, un accouchement à domicile peut se faire, lorsque les paramètres sont au vert, monito et consultations tous les 2-3 jours dès 40 semaines, entre 37 et 42 semaines.

Oui mais alors, 42 dans la journée ? ou 42, déjà hors carde ? Bon en fait, c’est 41 +6/7 minuit ! Le bébé qui veut naître à la maison, peut le faire entre 37 semaines 00 :01 et 41 6/7 semaines 23 :59… Voilà le cadre.

On lui explique… On réserve une place pour un déclenchement pour la journée des 42 semaines, entrée à 41 + 6/7 00 :01… La veille, on en discute, elle a des résistances, on les comprend, on les adresse… et elle nous envoie un sms ensuite pour nous dire qu’elle ne veut pas y aller, qu’elle sait que ça va se mettre en route, qu’elle a toujours confiance et qu’on s’est sans doute trompé sur sa date de terme. Elle pense du coup à accoucher seule…

Pas facile pour nous qui avons à cœur d’écouter l’intuition profonde des femmes, de les pousser à se reconnecter à leur sagesse intérieure… Parfois ça se mélange avec désirs et envies qui ne sont nullement sagesse et intuition… Mais comment faire la différence ? Et puis qui sommes pour statuer ? Nous, impliquées, qu’on le veuille ou non, avec nos projections et filtres…

  • On peut la voir comme courageuse, ces femmes qui repoussent les frontières, qui changent et font évoluer les façons de faire… Rappelons-nous que nos mamans ou grands-mères accouchaient attachées à certains endroits du globe, pas si loin du mouvement Lamaze… C’était vu comme normal, ces hystériques, on n’allait pas les laisser exploser non plus ! Certaines d’entre nous ont dû accoucher debout envers et contre tout pour bousculer et revendiquer notre liberté de mouvement et sagesse d’accouchement ! Et si elle faisait partie de ces femmes qui nous permettent de repousser les frontières du post tarem?
  • Oui mais ici, que fait-on de cette notion de sécurité? Accoucher passé 42 semaines, quels sont les risques? Plus de liquide méco, un bébé trop gros, des échanges placentaires moins bon, des mort foetale in utéro?… Quels sont les bénéfisses? En réalité, des études sur le post terme, ça ne court pas les rues… On déclenche rarement après 40 + 10 jours… alors quoi ? Quelle Evidence Based Medecin ? Que dal !
  • On peut aussi se senitir touché.e dans sa confiance, le contrat qui nous unissait qui n’est plus respecté, mais jusqu’où va-t-il ?
  • On peut être agacée, pourquoi ne pas vouloir la sécurité de tous au nom de son projet homebirth ? L’important n’est-il pas en fin de compte que tout le monde soit en bonne santé ? Bébé et maman vont bien, alors tout va bien ? Oui mais un accouchement c’est infiniment plus subtil que ça… bien plus complexe…

Bref, a un moment donné, c’est aussi à nous que revient de poser le cadre. Un cadre médico-légal qui permet de pratiquer l’accouchement à domicile de façon sereine et sécuritaire… Qui permet de continuer à le proposer malgré tout… en Belgique, en tout cas ! On lui écrit donc un mail en lui expliquant que pour nous, ce bébé peut naître à la maison avant minuit ce soir et qu’au-delà de ça, nous ne viendrons plus à la maison pour un accouchement. On fait de même auprès de son hôpital de référence pour prévenir de la situation.

On prend aussi le temps de redescendre, de mettre un peu plus d’apaisement en nous, de clarté sur la situation, on rouvre notre cœur et on prie pour eux, pour que tout se passe au mieux.

Et comme annoncé, elle n’ira pas à son rdv déclenchement et accouchera le lendemain, oui le lendemain, à 42 semaines pile, seule, sans assistance, à la maison…

Le hic dans l’histoire, c’est qu’elle aura saigné, un peu trop, qu’ils ont dû appeler une ambulance et qu’elle aura dû être reprise en salle d’op sous anesthésie générale… oui c’est tellement dommage et triste, non ce n’est pas un « ah ben voilà », évidemment ! Comme on le disait, c’est si complexe…

Qu’est ce qui l’aura poussée à aller jusqu’au bout ?

  • Les pratiques inconsciente et abusives médicales qu’elle aura entendues ou subies ci et là et qui existent malheureusement bien…
  • Les discours peu nuancés du tout naturel qui montent le chignon de certaines sans vraiment comprendre l’étendue de ce qui se dit ?
  • La solitude et l’éloignement familiale qui l’empêchait de trouver une vraie solution de garde pour son premier enfant ?
  • La pure folie et inconscience de ces parents ?
  • Sont-ils les seuls en cause ou sommes-nous un peu toujours co-responsables de ce qui se passe autour de nous ?

Après le sentiment de culpabilité et celui d’avoir abandonné notre patiente, voilà un aperçu de toutes les questions qui nous ont chamboulées. On n’a pas de réponse, que des questions et un accompagnement post-terme renforcé et réfléchit ! Merci pour ça, quoi qu’il en soit.

Aujourd’hui ils vont tous bien et nous souhaitons malgré tout la bienvenue à ce bébé 🌟

Stéphanie et Maïté, sages-femmes écloreuses