William, à la maison c’est normal

C’est grâce aux images, aux reportages et aux récits sur d’autres manières de donner la vie, qu’on finit par trouver ça « normal ».

Au risque des remarques (toujours les mêmes) ou du jugement des autres, on n’ose parfois pas trop en parler. Pourtant, j’ai réalisé en racontant cette aventure autour de moi que je n’étais pas la seule, au contraire. Je contribue donc à mon tour, en partageant notre expérience sous forme de questions que vous pourriez vous aussi vous poser. Spoiler alert : cette expérience transcendante m’a profondément transformée. En donnant la vie, chez moi dans ma propre maison, en plein pouvoir de mes capacités, j’ai accouché d’une nouvelle version de moi-même, plus forte, plus confiante et plus déterminée. Tout semble possible à présent !

➡Pourquoi accoucher à domicile ?

Pour notre ainée, Cerise, nous avions déjà opté pour un suivi en maison de naissance à l’arche de Noé à Namur, que nous avions adoré. Ayant pointé le bout de son nez un jour trop tôt (à 36 semaines, 6 jours et 6 heures, soit avant les 37SA requises pour pouvoir accoucher en maison de naissance) nous avons dû donner naissance à l’hôpital de Braine l’Alleud.

Là, mon accouchement était bien loin de celui que j’avais préparé et rêvé…Mon projet de naissance n’a pas été lu ni discuté. Par mesure de précaution, l’infirmière m’a mise directement sous antibiotique alors qu’en cas de perte des eaux, ce n’est pas nécessaire avant 12 voire 24h. J’étais seule, dans une chambre froide et grise avec pour unique aide le triangle au-dessus de mon lit. Heureusement, ça n’a pas duré et j’ai pu mettre en pratique quelques techniques d’hypno-naissance et de gestion de la douleur pour accoucher de façon physiologique et mettre au monde Cerise sans péridurale.

Une gynécologue a débarqué quand tout était fini pour me faire des points de suture alors que je n’étais même pas déchirée et m’a lancé « oh il est tout petit votre placenta, on dirait un placenta de fumeuse » alors qu’il avait juste la taille d’un placenta de bébé prématuré.

Quand je demandais de l’aide pour la mise au sein, on me disait « vous croyez que vous êtes seule ici ?» sans parler des incessants va-et-vient dans la chambre en journée (pédiatre, gyne, SF, repas, nettoyage, visites…)

Pour notre 2e enfant, la maison de naissance nous paraissait fort loin niveau trajet et logistique. Nous avons alors opté pour un suivi médical “conventionnel” avec une gynécologue de Rixensart attachée à l’hôpital d’Ottignies, mais les rdv étaient à la chaine (20min), elle ne s’adressait jamais au papa ni à notre ainée, et son suivi affectif et émotionnel était quasi inexistant. Quant à son mari chargé des échographies, il nous a fait paniquer, disant que mon placenta soi-disant calcifié pouvait engendrer les risques d’avoir un bébé prématuré et que mon liquide amniotique, trop important, impliquait des complications et un sérieux régime. Finalement, rien de tout ça n’était vrai.

Vers mon cinquième mois de grossesse, une amie formatrice de mon âge me fait part de son troisième accouchement à la maison. Je ne l’avais pas envisagé, je ne savais même pas que c’était possible ! J’ai alors cherché des sages-femmes dans notre région qui accompagnent les accouchements à la maison sur le site officiel. J’en ai trouvé quatre différentes que j’ai contactées de mon côté et rencontrées avec mon chéri. C’est le binôme Stéphanie Wampach, maman de quatre enfants et Maïté Mandy, maman de deux enfants à l’époque et sage-femme à l’hôpital depuis une dizaine d’années, qui a gagné notre confiance, au feeling.

L’implication du papa ?

Lui, étant de nature plus anxieuse, je ne lui en ai parlé qu’une fois moi-même convaincue (via mes contacts avec les sages-femmes) et ayant suffisamment d’arguments en ma faveur (lectures, films). Par la suite, il m’a accompagnée aux consultations de préparation où le contact est bien passé et où la plupart des freins ont été levés.

Le suivi de grossesse et la préparation à l’accouchement ?

En plus de mon suivi de grossesse global avec les deux sages-femmes (une consultation par mois en alternance puis plus rapprochées), j’ai fait un suivi virtuel plus poussé avec l’une d’entre elle. Mois après mois, ce programme me proposait des vidéos complètes et adaptées à mes questions, des conseils en alimentation, des exercices de sophrologie et d’écriture, des pistes de réflexion individuelle et en couple et enfin un groupe Facebook avec d’autres parents pour pouvoir échanger.

Bref, une magnifique opportunité de développement personnel et une tonne d’information pour être bien préparés. De plus pour cette seconde grossesse j’ai expérimenté l’homéopathie, l’aromathérapie, la méthode Gasquet et Bonapace, la communication connectée et j’ai lu quelques super bouquins qui résument l’essentiel comme « les besoins essentiels de la femme qui accouche » de Ruth Ehrhardt ou  « Vivre et transmettre le meilleur pendant sa grossesse» de Sophie Metthey.

Les précautions en cas d’urgence ?

En plus du suivi en alternance des deux sages-femmes, nous avons trouvé un autre gynécologue, le Dr Graham Hutchings, avec qui elles collaboraient à l’hôpital Delta. L’idée était d’avoir accès au « plateau technique » en cas de transfert. Nous l’avons également rencontré pour les dernières échographies et aussi gardé comme plan b en cas de changement d’avis, d’accouchement avant 37SA ou après 42SA, de bébé en siège, de complications, etc. Le gynécologue était assez ouvert et soutenant, ce qui n’est pas toujours le cas.

En cas d’urgence, comme par exemple une hémorragie après la délivrance, c’était direction l’hôpital le plus proche, dans notre cas l’hôpital Saint-Pierre à Ottignies, qui avait été prévenu par la sage-femme le jour J. Les sages-femmes sont formées pour accompagner les accouchements, s’il n’y a pas de “pathologie”, il n’y a pas de quoi paniquer… On peut juste laisser faire la nature, “les femmes sont faites pour mettre au monde des bébés et les bébés sont fait pour naître”.

➡Accoucher dans l’eau ?

Je me voyais accoucher dans l’eau. Les sages-femmes avaient justement une birthpool en location. Elles l’avaient trouvée facilement aux Pays-Bas où une femme sur quatre accouche à la maison. Nous l’avons gonflée une semaine avant terme pour voir la place qu’elle prenait (assez encombrante, elle peut peser jusqu’à 650kg remplie) et régler quelques détails techniques comme la taille de l’embout du tuyau à raccorder pour le remplissage et le maintien de l’eau chaude. Nous avons finalement choisi la cuisine, seule pièce de la maison capable de supporter un tel poids. Cet endroit nous a également permis de récupérer l’eau usée dans la citerne d’eau de pluie.

➡La présence de la grande sœur ?

Dans mon idéal notre ainée pouvait assister à tout. Nous lui avions lu plein de chouettes histoires sur l’AAD et je lui avais montré quelques reportages vidéo. Elle me demandait inlassablement de “voir la tête du bébé sortir et la maman qui pleure de joie”. Nous avions un plan de garde en semaine avec les parents et le weekend avec les amis mais nous n’imaginions pas nos parents l’embarquer en pleine nuit et il était difficile d’avoir des ami(e)s disponibles pour venir s’en occuper. Nous avons alors décidé de faire confiance à la vie. En cas d’accouchement la nuit, nous espérions qu’elle n’entende rien et découvre la surprise au réveil. C’est précisément de cette manière que ça s’est déroulé.

➡Une photographe le jour J ?

On n’accouche pas tous les jours chez soi. C’est un moment unique et tellement fort dont on ne garde que quelques souvenirs. De plus, le papa a d’autres choses en tête que de penser à faire des photos. J’avais vu tellement de beaux reportages qui reflétaient toutes ces étapes et ces émotions, que j’avais pris contact avec deux photographes. Elles étaient hyper partantes mais ne pouvaient bien sûr pas garantir leur disponibilité. C’est finalement la photographe Marie Provost qui est venue à moi. Elle participait justement à une exposition sur la maternité et cherchait des familles prêtes à lui partager ce moment d’intimité. Après avoir contacté nos sages-femmes en vue de collaborer, nos chemins se sont croisés.

➡Et alors, comment ça s’est passé ?

Mieux que rêvé ! À J-1, j’ai perdu les eaux (genre explosion de ballon) dans mon lit à minuit. Le liquide était clair et les contractions se sont presque directement déclenchées, tous les signaux étaient au vert. Mon homme m’a dit « viens te recoucher », mais j’étais super excitée, de contentement que tout se mette bien en place et de joie de bientôt rencontrer mon bébé. Nous nous sommes créé notre bulle d’ocytocine avec une ambiance tamisée dans la chambre à l’étage et dans le salon/cuisine au rez-de-chaussée : petites lumières, bougies, diffuseur d’huiles essentielles citronnées. Nous avons vérifié que tout était en ordre, que le divan-lit du salon était bien recouvert avec un rideau de douche et un drap, puis nous nous sommes « reposés » dans notre lit jusque 03h30 du matin.

Les contractions s’intensifiant, mon chéri a trouvé bon de prévenir les deux sages-femmes. Moi, j’étais bien. Je surfais les vagues à coup de respirations profondes et de petites granules d’homéopathie. Il a bien fait, parce que le temps qu’une des deux arrive, vers 4h30, je me suis littéralement ouverte comme une fleur sur mon ballon. J’étais pleinement consciente et présente, je gérais la situation. Quelques illustrations et mandalas de grossesse affichés dans la maison m’ont servi de visualisations et m’ont permis de garder confiance. Mon homme me massait le bas du dos et j’expérimentais la méthode Bonapace : une main dans de l’eau glacée pour court-circuiter la douleur des contractions.

A peine le temps d’écouter le cœur du bébé, j’ai senti sa tête pousser mais pas question d’accoucher sur le tapis du salon. Du coup, mon chéri et la sage-femme m’ont aidée à enjamber la piscine qui m’arrivait au nombril. Là, juste le bonheur d’être dans l’eau, effet relaxant immédiat. J’ai senti sa tête avec mes doigts, c’était magique !

Son arrivée était proche, un encouragement comme la ligne d’arrivée à la fin d’une course. Une grande contraction, toute sa tête est sortie mais la température de l’eau étant trop froide (33-34 au lieu de 37 degrés), la sage-femme m’a alors demandé de sortir de l’eau et dans le mouvement, jambes tendues, le reste du corps est sorti, comme sur un toboggan.

Soulagement ! Je me sentais déjà plus légère et il était DEJA là. Il était seulement 4h58 à l’horloge, sur le four, dans la cuisine. Il est arrivé en moins de 5h… Et là j’ai réalisé que ce n’était ‘QUE’ ça ?! Je m’attendais à tellement pire que j’en étais presque frustrée. Un peu comme dans une attraction à sensation forte où à peine terminée, on a envie de recommencer. Nous avons fait connaissance en peau à peau dans l’eau, puis le placenta est sorti 15 minutes plus tard, allongés dans le divan.

Le temps de couper le cordon, une fois qu’il ne battait plus, Cerise est descendue vers 06h00, timing parfait. Nous avons pris le temps de l’observer, le peser, le mesurer et papoter. Les sages-femmes et la photographe sont parties vers 07h00.

Nous avons alors déjeuné à quatre, là où tout cela venait de se passer… Surréaliste mais tellement doux, calme, chaud, apaisant, fort, silencieux, puissant, que je signerais bien pour un petit dernier.

Et puis j’ai eu accès à tellement de ressources au fil de ces deux grossesses que j’ai envie de les partager. Je me forme depuis comme doula & coach périnatal pour aider d’autres mamans et/ou couples à vivre des grossesses sereines, des accouchements physiologiques et des post-partums bien préparés et entourés. A suivre…

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